lundi 30 décembre 2013

Est-ce que c'était vraiment toi?


Dans les films de Philippe Garrel, les amoureux regagnent leur appartement minuscule en perdant leur souffle dans des escaliers interminables. Cette fois-ci aussi, un garçon, Louis, habite sous les toits et alignent ses livres de poche sur les radiateurs, comme il se doit. Les meubles sont dépareillés mais il n'aime pas trop qu'on s'installe sur le lit en gardant ses chaussures. Il est comédien, il a très peu d'argent et s'il lui arrive de frôler la main d'une fille au cinéma, s'il embrasse parfois de façon appuyée une autre qui joue avec lui au théâtre, il s'en tient là, c'est sa ligne, il le dit, il a donné sa vie à Claudia.
Claudia est immense, elle a la voix grave et les cheveux flous. Elle porte des jolies bottines noires et un inoubliable manteau en cuir irisé, elle marche les mains dans les poches, elle cite Maïakovski, elle est actrice mais elle n'a rien tourné depuis six ans. Claudia, parfois, court dans Paris à perdre haleine pour vérifier que Louis n'a pas disparu mais parfois aussi, elle ne supporte plus rien, ni le gourbi où ils vivent, ni les absences de Louis, ni celles de l'argent, tout le temps. Alors évidemment, quand elle rencontre le riche architecte, celui qui a une voiture et qui peut inviter au restaurant, les choses se compliquent...
Louis dit à Claudia quelque chose comme: «  Comment est-ce que je peux être bien avec toi si je sais que tu es parfois avec un autre ? » Elle répond: « N'y pense pas, c'est tout. Et profite du moment que je passe avec toi, et qui est bien. » J'avoue que je n'y arriverais pas trop non plus.
Claudia blesse Louis, mais il y a quelques temps, Louis blessait Clotilde, avec qui il a eu une fille, Charlotte, et qui le suppliait en vain de la laisser partir avec lui. Un soir, bien plus tard, Clotilde et Charlotte se mettent à table, j'aime infiniment cette scène. Charlotte est rentrée d'une journée passée avec son père, elle porte un nouveau bonnet, donné par Claudia et qui inscrit donc l'existence de celle-ci dans le réel tangible, ce que devine Clotilde avec une douleur intérieure qui transparaît à peine dans ses gestes quand elle sert la soupe de carottes, quand elle arrache un morceau de baguette fraîche. La jalousie, c'est cette blessure-là, c'est sentir que quelqu'un d'autre détient quelque chose que l'on a perdu de quelqu'un qu'on aime toujours. C'est ce que l'on perçoit de ce qui n'est pas exprimé dans le réel. Et c'est tout cela que Clotilde garde pour elle ce soir-là, devant sa soupe de carottes.
La Jalousie, parce qu'il déploie en noir et blanc un langage qui m'est des plus familiers, est définitivement mon film préféré de 2013*. Il m'a aidé à affronter un hiver qui n'avait pourtant pas encore commencé qu'il faisait déjà un peu mal.
Pour continuer d'essayer de se remettre d'une année pleine de secousses, nous n'avons pas fait nos valises dans la nuit mais presque, et je suis depuis quelques jours à Venise où je dévore spaghetti alla vongole et petits biscuits, comme ici, pendant la promenade dans le ghetto ce matin.


Pour 2014, je vous souhaite beaucoup de beaux films, des livres, des escapades deci-delà, des choses douces et tranquilles.
*Les autres films que j'ai bien aimés, dans le désordre : Oh Boy!, Jimmy P., Camille Claudel 1915, Michael Kohlhass, La Vénus à la fourrure et voilà.
Pour ceux que ça intéresse, mon livre préféré sorti cette année s'appelle Intérieur, de Thomas Clerc, aux Editions Gallimard (Arbalète). J'ai adoré aussi découvrir le dernier volume des aventures de Marie Madeleine Marguerite de Montalte en dévorant Nue de Jean-Philippe Toussaint aux Editions de Minuit. Et toujours chez Minuit, sortis il y a longtemps, les démêlés d'Eric Laurrent avec Clara Stern (Clara Stern) puis Yalda Apadana (Renaissance italienne) m'ont fascinée.
Plus prosaïquement, mais il faudrait que je demande l'avis de G., je dirais que nos deux réalisations culinaires les plus épatantes furent notre soirée lobster rolls ainsi que les incroyables ramen dont la préparation du bouillon requit environ un dimance matin tout entier. Mais ça valait la peine parce que c'était rudement bon.

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16 Comments:

Anonymous Florence said...

Commencer l'année à Venise, quelle jolie façon de l'inscrire dans l'élègance et la gourmandise! J'ai énormément aimé "Oh Boy" moi aussi, pour Berlin en Noir et Blanc ,et pour ce jeune homme si attachant.
Très belle année 2014 Patoumi.
Grosses bises.

30 décembre 2013 22:54  
Blogger Cécile said...

Bon maintenant, il faut que je trouve ce film alors :-)
Profitez bien de Venise la merveilleuse et meilleurs voeux pour 2014 !

31 décembre 2013 07:17  
Anonymous Marie said...

J'avais commencé à tricoter des mittens avec des homards dessus, pour me souvenir du lobster roll de Londres, du moment où on est sorti du resto, en pleine City, avec du soleil plein les yeux, on s'est arrêtées pour en profiter, un de mes moments préférés de 2013. Noter ce qu'on a aimé d'une année à l'autre, ça ancre les souvenirs... Doux saut en 2014, dans les petites rues de Venise !

31 décembre 2013 07:57  
Anonymous Anonyme said...

J'ai doublement pensé à vous hier soir car je préparais le diner du réveillon, les cailles au miel et gingembre trouvées ici, qui m'ont l air fameuses, et je suis tombée sur Vincent Delerm et Christophe Honoré au micro de Kathleen Evin. Cette coïncidence me semble de bonne augure pour 2014!
Meilleurs vœux
clémence

31 décembre 2013 15:15  
Anonymous Rose said...

J'ai aussi adoré Nue (il me reste maintenant surtout en mémoire la scène de la séduction de la mauvaise Marie et le narrateur espion sur le toit au Japon). Très belle année 2014, en plus si elle commence en Italie...

31 décembre 2013 18:27  
Anonymous Gwendoline said...

Ce matin, en revenant du port -nous avions les mains dans une même poche et le soleil s'était levé (vraiment) pendant que nous avions collé des timbres sur des enveloppes, brulé nos lèvres contre les tasses et entendu une de nos chansons d'amour- j'ai parlé de toi !
Alors ce soir, c'est normal de te souhaiter ici une belle belle nouvelle année !

31 décembre 2013 19:09  
Anonymous BBC said...

Bonne année Patoumi, que 2014 te soit douce. Et merci pour ce best off personnel et bien plus signifiant que tout ce qu'on peut lire sur la toile aujourd'hui.

1 janvier 2014 12:39  
Anonymous Marjane said...

Je te souhaite une belle année 2014 douce et lumineuse!
Très joli best off ces ramen au bouillon si long me donnent l'eau à la bouche! J'ai aimé Oh Boy! J'ai aimé le récit de ton séjour à Berlin, j'ai donc pris mes billets pour mai ;) Merci pour ça aussi!

2 janvier 2014 11:25  
Anonymous Julie D. said...

Buon anno alors Patoumi ! Je suis contente de te lire à nouveau...
A bientôt ! ; )

6 janvier 2014 21:09  
Blogger croukougnouche said...

Bon année à toi , Patoupi, je t'imagine déambulant sous le ciel gris de Venise , ouaté jusqu'au ras de l'eau , c'est toujours beau Venise, surtout entre deux saisons , profite bien de ces moments avec G.
les voyages à deux ont toujours une saveur particulière.

7 janvier 2014 13:57  
Anonymous patoumi said...

Depuis Venise, nous avons pris un train pour Florence... et puis nous sommes rentrés. Je lis Epépé et prépare des bols fumants de congee... et puis, au travail!

Florence: mais oui, Oh boy! est un film tout simple mais qui m'a beaucoup émue. Je suis contente qu'il vous ait plu aussi!

Cécile: plein plein de bonnes choses pour toute la famille!

Marie: j'aimerais tellement savoir tricoter, ne serait-ce que pour G. qui voudrait tellement une écharpe comme-ci comme-ça.

Clémence: j'espère que c'était bon! J'ai bien aimé quand Vincent Delerm raconte que Ma nuit chez Maud était le petit examen de passage pour les filles qui lui plaisaient :)

Rose: la scène de la fausse Marie est inoubliable, j'ai beaucoup ri. Je ne me remets pas non plus de certains Fra Angelico croisés à Florence...
Plein de bonnes choses pour cette nouvelle année!

Gwendoline: pendant les vacances italiennes, j'étais obsédée par ces paroles de Souchon "la Chrysler s'envole/dans les fougères et les nénuphars" (mais nous ne l'avons entendue nulle part)

BBC: j'ai quand même un peu l'impression d'être justement très ringarde! Mais j'aime ça :)

Marjane: les ramen étaient vraiment succulents (c'était une recette du Bon Appétit, très inspirée de Mommofuku), le bouillon était subtil et parfumé, c'était à la fois rustique et délicat (il y sur le dessus du bol un demi oeuf mollet, des shiitakés, un peu d'épinard frais, de tranches très fines de cochon rôti, de la ciboule et du nori)
J'espère que Berlin te plaira!

Julie D.: ah oui alors, à bientôt!

Croukougnouche: ces vacances ont été très heureuses, je croise les doigts pour que l'année soit plus tranquille maintenant...
Je souhaite que tous tes voeux se réalisent en 2014!







8 janvier 2014 00:26  
Blogger croukougnouche said...

merci pour tes vœux, mille excuses pour avoir écorné ton pseudo, mon doigt a du riper entre le m et le p!!!

8 janvier 2014 12:39  
Anonymous V. said...

bonne année Patoumi , plein de belles choses , petites et grandes et des voyages à raconter !

9 janvier 2014 15:54  
Anonymous Marie said...

Pour le tricot, j'ai appris... avec YouTube ! (Et depuis, c'est mon yoga, ma respiration, ma joie de fabriquer...)

20 janvier 2014 08:25  
Blogger Cléo said...

*Intérieur* de Julien Clerc. Merci, merci !

20 janvier 2014 09:01  
Anonymous patoumi said...

V.: je te souhaite plein de belles et de bonnes choses aussi, une année douce et heureuse!

Marie: hmmmm, je devrais m'inspirer de toutes tes douces idées...

Cléo: :)

20 janvier 2014 12:16  

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