lundi 30 mai 2016

Sur la pointe des pieds (1)


Un lundi soir début février. La Philarmonie bruisse de mille rumeurs. On perçoit le frou-frou des étoles en cachemire, le crissement des jupes en soie, les petits talons dans l'escalier. Au vestiaire, de lourds manteaux en laine sont déposés. Au bar, on propose avec ambivalence des chips avec la coupe de champagne, on note aussi plusieurs adeptes des sandwiches-triangles un peu mous.
Il avait pris les billets en secret et mon impatience s'était intensifiée depuis quelques jours. C'était enfin le soir du concert de Maurizio Pollini.
La salle est comble, bientôt les lumières s'adoucissent. Pollini apparait, minuscule, fragile, avançant à pas mesurés, presque timides. Je le trouve démesurément vieux et vulnérable, terriblement exposé aux regards de la foule. Mais bientôt, installé au piano, les mains à toute vitesse sur le clavier, la douceur et l'exaltation à la fois, la précision, la force sensible, pas de démonstrativité déplacée, j'oublie presque de respirer. Il y a un tel contraste entre l'humilité de sa silhouette et la beauté de son geste. Alors je pense aux longues heures de travail, à la vie entière consacrée au piano, tout le temps, tous les jours, et le résultat que cela produit. Cette obstination me fascine et m'émeut. Pendant de longs applaudissements, je pense aussi aux premiers mois passés avec G., son appartement loin du mien, le matelas à même le sol, le balcon d'où l'on pouvait voir toute la ville, la supérette d'en bas qui vendait du jus d'orange Gemsa, les dîners obsessionnels jusqu'à l'écoeurement (une longue période dim-sum surgelés...), le thé noir, les biscuits, les paquets bleus de cigarettes désormais disparus, nos maladresses, nos angoisses, et Maurizio Pollini très fort dans le salon. J'observe en silence le visage de G. dans la pénombre. Je ressens une joie infinie d'être avec lui ce soir-là, après toutes ces années passées ensemble, héroïquement heureuses parfois, et puis j'avais tellement peur que Pollini ne meure sans avoir le temps de l'entendre sur scène. Mais G. avait promis très tôt qu'il m'emmènerait le voir. Il avait déjà compris.
Plus tard dans la soirée, de retour dans la jolie chambre de l'Hôtel du Temps, assis en tailleur sur le couvre-lit, nous grignotons quelques pâtisseries. La tarte Infiniment Vanille et le macaron chocolat au lait-passion remporteront tous les suffrages.
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Un autre soir d'hiver, en l'absence de G. Je guette son retour, prévu tard dans la nuit. J'enchaîne les tisanes, les carrés de chocolat et les podcasts, j'écoute Laure Murat chez Laure Adler. Elle parle des livres qu'on relit, mais ce n'est qu'un détail de l'entretien. Je retiens pourtant la question Pourquoi relit-on ? et elle me tracasse un peu. Il y a les nécessités du travail (on ne compte pas le nombre de fois où G. me dit "Relis Lacan") mais il y aussi l'envie de retrouver l'état dans lequel on était à la première lecture, cette tentative vaguement vaine de revivre un moment désormais évanoui et dont je cherche si souvent à vérifier la trace, à travers le renouvellement de la lecture. Qui était la jeune fille qui lisait pour la première fois Moderato Cantabile, Fragments d'un discours amoureux, La Vie mode d'emploi ? Et les premières pages de Proust, d'Hervé Guibert, de Flaubert ? Mais pour être honnête, ce qu'il m'arrive de relire le plus souvent, quand une peine me secoue ou que la solitude me pèse, ce sont les romans de l'adolescence et je n'ai jamais été trahie par mes retrouvailles avec Conception Epi, Rachel Robinson ou Anastasia Krupnik. Quand j'étais enfant, le relecture avait déjà de miraculeuses vertus anxiolytiques. C'était comme se resservir d'un excellent gâteau. Pourquoi relit-on m'a obsédée pendant un certain temps, et puis je suis passée à autre chose.
Bon. Plusieurs semaines plus tard, j'écoute un nouvel entretien de Laure Murat avec Laure Adler, précisément sur cette question de la relecture à laquelle la première Laure a consacré un essai qui vient de paraître. Une fois l'émission terminée, je me précipite à la librairie. Je déteste toujours autant cet endroit mais il se trouve que le livre y est disponible (j'ai vérifié sur le site avant de partir) et qu'elle est si proche de chez moi que je peux y foncer en pseudo-pyjama si je veille à porter un manteau suffisamment grand (et j'aime plutôt les grands manteaux). Je rentre avec le livre sous le bras, mais je ne sais plus pour quelle raison, je ne peux pas le commencer immédiatement, je ne le fais que quelques jours plus tard, un samedi.
Parmi les écrivains interrogés par Laure Murat sur leur rapport à la relecture, il y a Julia Deck. A la question Quel est le livre que vous avez le plus relu ?, voici ce qu'elle répond : "Sans doute Jérôme Lindon d'Echenoz, qui doit se trouver sur la table de chevet de tous ceux qui écrivent leur premier manuscrit. Comme un petit livre de prières."
Alors, dans la seconde, ce livre d'Echenoz me parait absolument indispensable, je ne veux rien lire d'autre. Je vérifie sur le site de la librairie et il est évidemment indisponible (je m'en doutais, il n'y aucun fonds). Je sais pertinemment qu'il ne sera nulle part à Rennes (sauf à la bibliothèque probablement, mais j'ai tellement souffert enfant de devoir rendre des livres que j'avais aimés que j'en ai gardé une aversion sans doute injuste envers les bibliothèques). Je m'aperçois qu'on peut le lire en ligne mais comme je suis quelqu'un de vraiment pénible, c'est quelque chose que je n'arrive pas à faire. J'évoque ma déconvenue à G. de façon tellement décousue qu'il ne comprend pas immédiatement "C'est quoi ? Un truc d'Echenoz sur Lindon ? Mais je croyais que tu n'aimais pas trop Echenoz ... ?" Ah bon ? Peu importe.
Je me résous à commander le livre dans une librairie toulousaine, il faut attendre cinq jours pour le recevoir.
Enfin, je le tiens entre les mains. C'est un tout petit livre Minuit qui fait à peine soixante pages. Je prépare un thé que je ne boirai pas tellement je suis absorbée par ma lecture, mais il est encore chaud quand je referme le livre car vingt minutes seulement ont passé. Vingt minutes pendant lesquelles je suis traversée par une émotion si forte, j'en ai les larmes aux yeux. Je perçois le ridicule de la situation. Au-delà du style d'Echenoz, de sa langue qui me fascine par son économie et l'effet qu'elle produit, le texte comporte un milliard de détails qui me touchent par leur familiarité, ou plutôt par le fait qu'Echenoz ait pu les recenser en pensant que cela intéresserait quelqu'un (et je sens bien que nous sommes nombreux, c'est cela aussi qui me perturbe). C'est une lecture jubilatoire, rassurante, comme à chaque fois qu'on retrouve quelque chose de soi-même à travers les mots d'un autre.
Dans la soirée, je suis en train d'écrire quelque chose autour de cela dans mon journal quand G. frappe à la porte entrouverte de mon bureau (telle est notre règle pour choisir un logis commun, que chacun y dispose d'une pièce à soi). Il vient s'asseoir à côté de moi sur le divan. Il voit le livre d'Echenoz. "Alors, c'est bien ?" Je lui propose de lui en faire la lecture. Il s'allonge, pose sa tête tout près. Je lis.
Ça commence un jour de neige, rue de Fleurus à Paris, le 9 janvier 1979. J'ai écrit un roman, c'est le premier, je ne sais pas que c'est le premier, je ne sais pas si j'en écrirai d'autre. Tout ce que je sais, c'est que j'en ai écrit un et que si je pouvais trouver un éditeur, ce serait bien.

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Dans les jours à venir, un autre chapitre de la vie qui a passé depuis l'été dernier tandis que le prochain se profile, déjà.

lundi 2 novembre 2015

Fragments du Japon (2)


Pour des raisons restées obscures, j'étais en petite forme lors de ce voyage de printemps au Japon. Rien ne pouvait entamer mon enthousiasme (d'autant que les cerisiers étaient encore en fleurs ! Le premier après-midi au grand parc de Shinjuku, j'étais extatique) mais j'étais frappée d'un mal étrange et peu confortable, d'une part un urticaire quotidien, à recrudescence vespérale et d'une étendue assez impressionnante, d'autre part une toux qui me rappelle à chaque secousse qu'elle produit la petite fille archi-bronchitique que j'étais.
Au début du voyage, le jour où nous avions prévu de passer une partie de la matinée à Tsukiji, une pluie dense et sans répit s'est abattue sur Tokyo. Les grosses gouttes rebondissaient sans discontinuer sur les trottoirs. Abrités par l'indispensable parapluie transparent local, nous progressions assez péniblement dans notre expédition.
Tsukiji ne m'a pas du tout fascinée et au vu du nombre de touristes qui le fréquentent, G. dirait que c'est un endroit un peu trop face A... Plus tard, j'ai préféré les petits marchés croisés au hasard, avec les mamies qui choisissent leurs légumes au milieu d'étals monomaniaques (ici seulement des petits poissons séchés, là uniquement de l'omelette, là du tofu) et de bizarreries fascinantes (tiens, des mini poulpes farcis d'un oeuf de caille...)
Et puis ce matin-là à Tsukiji, je commençais à regretter d'avoir enfilé une paire de tennis pas complètement insubmersible (comme je ne porte que vraiment rarement des tennis, je n'en possède qu'une très vieille paire, vestige d'un temps lointain où je ne portais que cela). Un peu fatigués par l'horaire matinal et vaguement déçus, nous avons retrouvé quelques forces en nous offrant un thé brûlant et un café à infusion lente dans un endroit chic et suranné de Ginza. Apaisés par l'atmosphère feutrée et peu à peu réchauffés, nous avons même goûté une part de gâteau choisie sur une petite desserte dorée. Un genre de fraisier très aérien, très bon. A ce moment-là, je n'osais pas trop dire à G. que j'éprouvais une sensation étrange aux chevilles, une sorte de brûlure prurigineuse pour l'instant plus gênante que douloureuse.
Nous avons continué la balade, la pluie était particulièrement obstinée. Nous avons emprunté la ligne H du métro qui permet d'aller directement de Ginza à Nakameguro, le joli quartier au bord de l'eau. A quelques pas de la station commence la promenade le long des canaux et sous les cerisiers. Lorsque l'on remonte les rues pentues, outre la halte indispensable à Lotus Baguette (j'en reparlerai), on découvre des boutiques adorables de plantes, de vêtements aux couleurs douces, d'objets du quotidien aux formes simples. On peut marcher longtemps ainsi et visiter aussi les quartiers voisins de Daikanyama et d'Ebisu, ce que nous ferons un autre jour car pour l'heure, nous n'avions pas encore déjeuné, mes tennis étaient trempées, mes chevilles commençaient à me faire horriblement souffrir (je n'osais pas -encore- les examiner par peur de ce que j'allais découvrir) et la pluie ne nous laissait aucun répit. Quand nous sommes passés devant un micro restaurant d'où s'échappaient des effluves d'ail, de gingembre et de sauce soja, nous n'avons pas hésité. Le déjeuner n'était servi que jusqu'à 15h et il était 15h05 mais je pense que je faisais un peu pitié à voir ! Personne d'autre dans la salle que deux garçons qui parlaient de la nécessité d'être actifs sur les réseaux sociaux...
Nous nous installons. Je suis heureuse de me séparer enfin du parapluie qui, durant les dernières heures, était devenu comme un appendice de mon propre organisme. La nourriture est très bonne (un grand bol de riz surmonté de légumes pimpants et de karaage savoureux, une soupe miso, une salade très fraîche) mais j'ai vraiment très mal aux chevilles, que je me décide à examiner. Oui, là, dans le restaurant, et même je retire mes tennis qui sont dans un état indescriptible (un peu plus tard lors du voyage, dans un temple à Kyoto, au moment où il fallait se déchausser, j'ai vu une touriste française essorer ses chaussettes et j'ai éprouvé une grande empathie), je mets mes chaussettes à sécher sur une chaise voisine (la douleur m'avait retiré toute civilité, je m'excuse pour ces détails triviaux) et là, je découvre et je fais découvrir à G., mes chevilles écarlates, oedématiées, irritées par l'humidité et abîmées par mon grattage irrépressible de temps à autres lors des crises d'urticaire... J'ai si mal que j'en pleurerais. Je commence à dire n'importe quoi (genre "Si ça se trouve c'est un érésypèle !") et rien, ni l'antalgique avalé, ni les mots gentils de G. n'apaisent l'angoisse et la douleur. Bon, j'ai très envie d'appeler un taxi et de rentrer à l'hôtel mais G., dont la détermination n'est plus à prouver (rappelez-vous l'épisode de l'introuvable étagère à vaisselle indienne en plein marché de Bombay), restait persuadé que l'antalgique allait agir bientôt, que le déjeuner m'avait requinquée et que nous avions encore beaucoup de choses agréables à voir dans le quartier. Argh. J'ai cependant appris avec les années à faire confiance à cet état d'esprit et puis j'accorde depuis longtemps une plus grande confiance en ses compétences médicales plutôt qu'aux miennes.
Nous sommes quand même à nouveau sous la pluie. J'ai remis mes chaussettes et mes affreuses tennis trempées en serrant les dents. Nous avançons à petits pas et j'ai franchement envie de renoncer à poursuivre la promenade. Je commence à faire des plans de reddition : on pourrait chercher un taxi, je demande au chauffeur de faire un détour par l'échoppe de tayaki (on en reparlera aussi), on rentre à l'hôtel, je me traîne pieds nus jusqu'à la chambre, je prépare un thé et je savoure la douceur du repos en regardant la pluie et en me réjouissant de ne plus la subir. Je suis sur le point d'évoquer cette idée à G., quand, juste à côté du restaurant que nous venons de quitter, nous découvrons dans la vitrine de la boutique voisine des paires de bottes en caoutchouc ! Noires, basses, élastiquées sur le côté, presque aussi élégantes que des Chelsea boots ! J'en aurais pleuré de joie. Elles nous ont tellement aimantés que je n'avais pas vu à quelle point la boutique, qui s'appelle sobrement Note et Silence, se révèle jolie, claire, lumineuse, avec des vêtements aux lignes sobres, couleurs neutres ou teintes pastels. G. est hyper enthousiaste. La vendeuse, jupe longue et carré doux, est délicieusement polie, mais je demande quand même à G. de détourner son attention au moment où je me déchausse, d'autant que j'ai aussi demandé à essayer une paire de chaussettes (ce que l'on m'autorise à faire une fois que j'ai promis de les acheter) et que je n'ai pas du tout envie qu'elle voit l'état cutané de mes extrémités. Ils s'éloignent tous les deux examiner de grands sacs en tissu pendant que je m'emploie à examiner mes pieds. Je les tamponne lentement avec des mouchoirs en papier puis j'enfile cette paire de chaussettes japonaise. Elles sont couleur crème, avec des rayures pâles, rose et jaune. Le bienfait est immédiat. J'essaie les bottes. Je sens l'inflammation diminuer sous l'effet de ce nouvel environnement bien sec. Il ne persiste qu'un prurit, supportable on va dire. Ah. La vendeuse et G. me rejoignent. Il dit "Il faut que tu viennes voir, il y a vraiment plein de jolies choses". Et notamment un long manteau bleu marine, avec un col claudine. J'hésite avec un autre modèle, vert olive, muni de grandes poches. Mais la vendeuse dit Le bleu, c'est vous. Ainsi, une dizaine de minutes plus tard, protégée par un nouveau manteau et les pieds presque aussi heureux que moi, nous quittons la boutique sous les salutations polies et enthousiastes de la vendeuse qui est également allée chercher dans une pièce secrète un grand parapluie parce que dit-elle, quand il pleut à Tokyo, c'est mieux d'avoir un parapluie chacun.
Sur le trottoir brillant de pluie que je regarde désormais d'un oeil neuf, je remercie G. pour sa patience et sa bienveillance. Je profite aussi de la proximité d'une poubelle pour y laisser choir mes vieilles tennis. A quelques pas, un minuscule coffee shop nous attendait pour fêter autour d'un très bon café la balade qui commence désormais.
Quelques joyeuses heures plus tard, l'exaltation s'effrite un peu : nous venons de faire une longue halte à la géniale librairie Tatsuya mais il pleut toujours, il fait nuit, et nous sommes perdus dans les ruelles de Daikanyama. Nous sommes passablement fatigués et avons du mal à réfléchir. Mais, pas très loin d'une station service où un employé très concerné par notre égarement tente de nous redonner quelques repères géographiques, j'aperçois une façade très soignée, dont la porte est protégée par un beau noren gris-bleu. Il y a également un petit panneau en bois sculpté qui orne la petite allée menant à l'entrée. Nous ne comprenons évidemment rien du tout à ce qui est inscrit. Mûs par un certain instinct (et une fatigue certaine...) nous décidons tout de même de franchir le noren. Il y a un petit moment d'étonnement généralisé à notre arrivée, tout le monde nous dévisage brièvement. Tout le monde cela signifie, la serveuse qui portait un petit plateau avec un service à saké, les clients assis autour des quelques tables de l'entrée, les autres clients installés au comptoir derrière lequel s'active avec élégance et précision un maître sushi qui lui aussi nous examine avant de nous inviter à nous installer face à lui. Ce que je retiens de ce monsieur, c'est son visage tranquille et très souriant bien qu'il n'ait pas souri une seule fois de la soirée, dont je garde un souvenir fascinant et attendri car le spectacle était double, en plus de délivrer une sensation de repos et de sérénité absolument bienvenue. D'une part je contemple inlassablement les gestes précis, gracieux, presque mystiques de notre hôte qui surveille de très près le travail de son second et guette aussi l'air de rien les réactions sur le visage de ses clients lors de la dégustation. D'autre part, je découvre pour la première fois le goût d'un nigiri. Je ne sais pas s'il s'agit du vrai goût d'un nigiri mais c'est un goût définitivement inédit. Le riz est très discrètement tiède, il n'est ni acide, ni sucré mais presque fruité, sa saveur ne tranche pas avec celle du poisson mais elle la soutient, elle qui est suave et voluptueuse. Aucun autre sushi du voyage ne révèlera la même sensation. Nous picorons chaque pièce avec joie, curiosité et presque émotion. A un moment, une jeune femme qui dîne avec son mari à nos côtés, se tourne vers nous et nous dit dans un anglais approximatif "Alors, comment êtes-vous arrivés ici, dans ce restaurant de Daikanyama ?"...


Un billet dédié à A., qui se reconnaîtra.

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lundi 21 septembre 2015

Embrasse-moi pour rien

C'est samedi après-midi, je vais à la librairie avec G. Je n'aime pas trop cet endroit (pour ne pas dire que je le déteste, car il multiplie les impostures, mais c'est le seul lieu de la ville où le rayon littérature, bien qu'indigent, reste supportable).
Il fait doux et les gens se pressent en terrasse, c'est bientôt l'heure de l'apéritif. Je porte de très vieilles chaussures, des ballerines patinées en cuir bleu que mes parents m'avaient offert juste avant la soutenance de ma thèse. Elles sont légères et confortables, elles portent pourtant le temps qui a passé depuis, vraiment vite.
G. me dit « Je descends au rayon poésie ». Il passe très furtivement la main dans mes cheveux, que je n'ai pas coupés depuis un an environ alors qu'ils étaient déjà très longs. Il disparaît aussi vite.
Je me dirige vers les tables de la rentrée littéraire et j'essaie de faire abstraction des conversations vraiment pénibles tenues par les libraires avec leurs clients, imprécis et pressés. J'ai chaud, je retrousse les manches de mon pull col bateau généreusement soldé cet été par l'Atelier de Production et de Création.
Une excitation très enfantine me traverse devant les nombreux titre qui me sont encore inconnus. Je pense à la maison bâtie en friandises et en biscuits dans Hansel et Gretel. Je lis plusieurs quatrièmes de couverture, quelques débuts, de très rares pages au hasard (cela n'arrive que lorsque les deux premières étapes sus-citées ont été franchies) et puis soudain, au début d'un roman, je lis ceci :
(…) l'oreille plaquée au tronc d'un arbre par grand vent, j'entends ses craquements, des gémissements, des douleurs, preuve qu'il souffre comme n'importe qui. Et même la forêt dans sa totalité, et le ciel, les nuages, les pierres, les rochers, et les galets au bord de la mer, leur endurance à l'usure, leur durée malgré tout, leur indifférence.
Alors, de façon imprévisible et pour des raisons absolument mystérieuses, tout disparaît, les autres gens et le sentiment d'étrangeté qu'ils m'inspirent, les libraires et leur prolixité vaine, les bruits de téléphone, les alarmes de la sécurité qui sonnent pour rien, tout disparaît, tout est avalé par ces quelques lignes qui me font monter les larmes aux yeux.
La silhouette de G. s'approche de moi. Je ne peux rien faire d'autre que de lui lire ce passage à voix basse. J'ai l'impression que je pourrais passer le reste de ma vie ainsi, à lire, relire, encore, encore, ces deux phrases.
J'achète ce livre, et aussi deux autres. Le soleil de la rue m'éblouit. J'avance en plissant les yeux. La main de G. et le sac qui contient mes nouveaux romans à commencer me rassurent. Il est bientôt l'heure de rejoindre ma mère, partie en début d'après-midi voir mon père à l'hôpital. Et j'espère, j'espère de tout mon cœur, qu'il n'aura bientôt plus jamais besoin de dormir dans cet endroit-là.

Le roman en question : Les amygdales de Gérard Lefort aux Editions de l'Olivier
Et bientôt, si je retrouve des forces, je finirai d'écrire ici sur le Japon.

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mardi 30 juin 2015

Fragments du Japon (1)

//Somewhere in Kyoto//

A Kyoto, nous louons une petite maison (non, pas celle de la photo). Le propriétaire, monsieur T., est céramiste. Son atelier occupe le sous-sol de notre location, lui habite avec son épouse à quelques mètres. On reconnait leur façade grâce à la vitrine qui renferme un vase en céladon, la céramique de prédilection de monsieur T.
Notre maison ne cesse de me réjouir ! J'aime le bruit des portes coulissantes, la texture du tatami sous les pieds, les objets colorés qui courent le long de la fenêtre de la cuisine, les odeurs de bois, de thé, de café chaud la matin, quand une lumière très douce baigne la pièce. Il nous arrive de réchauffer des croissants apportés la veille par madame T. et je ressens une exaltation très enfantine à utiliser le mini-four à cause des dessins adorables du minuteur. Nous avons par ailleurs nos propres munitions, des brioches fourrées à l'azuki, des petits pains au lait, du cake aux agrumes, de la brioche feuilletée à la cannelle... Assis en tailleur autour de la table carrée, nous déballons chaque jour un nouveau butin et chacune de ces cérémonies gourmandes inaugure la bonne journée qui commence.
Le quartier est à la fois tranquille et animé. Dans les rues qui se déplient en un dédale de petites échoppes, de cafés à essayer et de boutiques très spécialisées, nous découvrons à chaque promenade un lieu qui nous aimante. Il y a la microscopique boutique de jolis habits qui vend de très belles écharpes, le minuscule boui-boui (5 places au comptoir) où l'on vient grignoter des crevettes panées ou des croquettes de pommes de terre avec de la salade de chou et du saké en début de soirée, le restaurant de sushis où monsieur T. aime dîner avec son épouse et le supermarché qui constitue l'incontournable passage de chaque ballade. Tous les rayons me fascinent (tous les rayons de tous les supermarchés me fascineront jusqu'au dernier jour du voyage), je contemple la découpe du poisson derrière les grandes baies vitrées, les sandwiches et les bentos du rayon frais, les produits laitiers, les sucreries, les biscuits et les glaces... C'est sans fin.
La veille du dernier soir, monsieur T. nous fit savoir qu'il serait heureux de partager avec nous le dîner du lendemain. Il nous donna rendez-vous à vingt heures précises devant sa maison. Je me souviens qu'il faisait doux, qu'une veste légère était nécessaire sur la robe rose pâle mais que je pouvais me passer de collants. Monsieur T. quant à lui arborait une élégance très japonaise, des vêtements aux coupes simples mais au tombé impeccable, des matières subtiles, des couleurs neutres sans être ennuyeuses. Je le laissai discuter avec G., je trottinais à leurs côtés et je profitais de l'air du soir, des petites rues du quartier que j'avais appris à connaître, des façades fleuries, des portes en bois et des odeurs de nourriture, bouillon de légumes, miso, petites fritures, riz vapeur, qui s'élevaient dans la nuit. Deci-delà, des lampions tremblotants.
Nous avons traversé le parc, les temples. Monsieur T. nous a raconté très sérieusement que son épouse avait croisé à cet endroit, il y a quelques années, le fantôme d'une jeune femme. Juste là, avec des cheveux longs. J'avais l'impression d'être dans un roman de Haruki Murakami, du temps où il écrivait des bons romans.
Nous sommes passés sans nous arrêter devant toute une série de restaurants indéchiffrables, rideaux colorés mystérieux, impossible de voir l'intérieur des lieux. Puis Monsieur T. nous a fait un petit signe, nous étions arrivés. Personne dans la salle minuscule mais un patron très avenant, visiblement ravi de voir Monsieur T. Celui-ci a examiné la carte très peu de temps, je pense qu'il avait une idée vraiment précise de ce qu'il voulait nous faire goûter. Il a commandé des bières et nous avons tous les trois essuyé nos mains dans la tiédeur propre des rouleaux de serviettes chaudes. Monsieur T. a passé la sienne sur son visage avant de la replier au carré. Il nous a demandé si l'on mangeait de tout et je crois que même si cela n'avait pas été le cas, je lui aurais dit oui parce que pour rien au monde je n'aurais voulu rater ce qu'il avait prévu. Il passa la commande et le patron acquiesça en souriant (je peux vous dire que ce soir-là, je me suis promis d'apprendre autant de japonais que possible pour le prochain voyage).
D'abord, pour mettre en appétit, du caillé de soja qu'on prélève délicatement avec ses baguettes et qu'on trempe dans la sauce soja agrémentée de wasabi et de wakame. C'est simple, délicat, très frais. Puis, en contraste avec ces bouchées légères presque minérales, le patron déposa sur la table un large plat creux en terre cuite qui contient une soupe très épaisse, dense et sombre. Elle était agrémentée de cubes de tofu très lisse et moelleux, de champignons et de plusieurs variétés d'algues. Chaque convive déposait au creux de son bol un minuscule dôme de gingembre fraîchement râpé, quelques rondelles de ciboule, puis répandait plusieurs larges cuillerées de soupe. C'était terriblement bien assaisonné, robuste et réconfortant.
Puis le dîner prit une nouvelle dimension. Le patron débarrassa la table, remplit les verres de bière et apporta sur un plateau en inox trois fois trois petites brochettes. On ne distingue pas vraiment ce qui les compose car chaque élément est enveloppé d'une pâte à beignet finement bullée, bien mate. C'est très appétissant. Le patron verse de la sauce (maison ! C'est le secret de son succès nous dira plus tard Monsieur T.) dans des coupelles et retourne s'affairer derrière son comptoir. Monsieur T. nous invite à goûter. Je trempe ma première brochette dans la sauce secrète, brune, très épaisse, brillante. Je croque. C'est chaud ! La pâte à beignet est très légère, croustillante à l'extérieur et tendre autour de l'élément central, à savoir pour commencer un shiitaké, suave et velouté.
Chaque brochette est comme une petite surprise, c'est monsieur T. qui choisit et qui passe la commande. Je ne saurais dire ce que j'ai préféré parmi le poulpe,la crevette, le poireau, l'oignon nouveau, la tomate avec de la mozzarella (!), le boeuf extrêmement tendre et goûteux, le ravioli tout dodu, le mochi bien chewy et peut-être quand même celui qui m'a fascinée, l'oeuf entier ! Un oeuf au jaune souple et soyeux entièrement recouvert de pâte à beignet, le tout sublimé par la sauce magique. Mon enthousiasme amusa beaucoup monsieur T. qui mangeait ses brochettes avec calme et élégance en évoquant l'un de ses amis qui tient un restaurant de soba à Kamakura.
Nous avons quitté le restaurant de très bonne humeur avec la bénédiction du patron.
De retour dans notre cuisine, après avoir longuement remercié monsieur T. pour sa gentillesse, nous préparons du thé et grignotons du chocolat au matcha. Je me surprends à repenser aux patates douces qui rôtissent lentement sur les braises et qu'on trouve aux caisses du supermarché du quartier. On les saisit avec des pinces en bois et on les glisse, brûlantes, dans des sacs en papier brun. Je regrette de ne pas y avoir goûté mais G. dit que nous reviendrons bientôt au Japon...

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lundi 25 mai 2015

Les souvenirs de la jeunesse


//Ce billet ne parle pas du Japon et la photographie qui l'illustre a été prise à Greenpoint, dont il n'est pas du tout question non plus. Vous pouvez bouder.//

En 1996, je m'ennuie en première S et j'habite à L., une ville sans cinéma, malheur absolu. Pour voir des films, il faut prendre un bus (le B, le H, je ne sais plus, je déteste me souvenir de ça) car il y a deux cinémas dans la ville voisine. Le premier m'exaspère, il s'appelle le Royal et trône sur une grande place passante. C'est avant tout un lieu classique de rendez-vous dans cette ville grise et moche où tout le monde dit On se retrouve devant le Royal. Il y passe les James Bond, Jurassic Park, des comédies françaises et des films avec Tom Cruise. Il n'y a pas de versions originales. L'autre cinéma, le Rex, me fait un peu peur. Les salles sont vieillottes et sentent souvent l'urine. Mais c'est là que passent les Woody Allen, et c'est là que j'ai vu Conte d'été.
Pour d'obscures et mystérieuses raisons, je n'ai pas vu Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) au moment de sa sortie, en juin 96. Peut-être qu'il ne passait pas au Rex, ou qu'il n'est pas resté longtemps en salle, et puis il y avait le bac de français qui m'accaparait un peu. Ainsi, mon souvenir concernant le film est très fugitif : je dîne en famille chez mes grands-parents et sur l'écran de la télévision cathodique apparaît la troupe des acteurs savamment réunis par Desplechin. Je les trouve jeunes, beaux et mystérieux. Le titre du film m'intrigue et m'inspire.
Je sais que je verrai le film plus tard sur une VHS, l'année suivante sans doute, mais je ne me souviens pas de ma première fois parce que je l'ai vu, puis tellement revu, des dizaines, des centaines, des milliards de fois, je connais tellement par coeur les répliques et les expressions de Paul Dédalus, sa chemise blanche, son cardigan marron, ses cheveux pas coiffés, son écharpe trop moche, ses expressions géniales, je les ai tellement vues que les visionnages se confondent et m'ont fait oublier cette première fois.
Je portais intensément en moi les dialogues et les situations du film. Ils me soutiennent, me consolent, me donnent espoir, me réjouissent lorsque plus tard, ma vie d'adulte commence et me blesse, m'enlise, me déçoit. Je me rêve vingt fois normalienne, perpétuelle thésarde, amoureuse indécise, angoissée et maladroite. J'ai l'idée qu'on rompt avec un garçon en articulant dans le téléphone d'un foyer pour jeunes filles Tu es mort pour moi. J'ai l'idée aussi qu'on dit à un garçon qu'on a aimé Je t'ai changé.
J'ai envie d'un duffle-coat jaune, de lire Jean-Luc Marion, de jouer au mikado, d'écouter Heaven is ten zillion light years away, d'aller voir mon directeur de thèse à Antony et de boire un café au Rostand.
J'entends les voix de Paul, d'Esther et de Sylvia, la voix nouvelle et étrange de Jeanne Balibar, le mélange de dérision crue, poétique, l'incandescence des sentiments et leur retenue à la fois.
Mais je trouve qu'on a moins, que la vie nous donne moins qu'à tous les couple qu'on connait. Alors, un jour, ça n'ira plus parce qu'on ne peut pas s'empêcher de vivre tout le temps, Esther. On ne peut pas s'aimer si la vie ne nous donne rien.
Tu sais, je ne m'en remettrai pas de te connaître.
C'est étrange. Vous étiez brillant. Et puis c'est Nathan qui s'est mis à écrire. Rabier de même. Et vous, rien...
J'ai compris que les arbres étaient infiniment immémoriaux et hostiles. Comme si on était haï. Et j'ai eu atrocement peur.
Ça me brûle d'être avec toi.
C'est tellement triste de t'entendre parler des sentiments comme... je sais pas quoi. "Qu'il faut mûrir". Quand tu mûris, tu tombes et tu pourris.
Evidemment, la scène de la lettre d'Esther m'émeut infiniment à chaque visionnage, et même juste quand j'y pense. C'est ce regard si discrètement voilé par les larmes retenues et cette belle voix grave qui dit Tu as fait de ma vie un enchantement et Alors ton absence s'endort tout contre mon esprit.
Si Lacan a tellement raison de dire que l'inconscient est structuré comme un langage, quelque chose de définitif s'est structuré dans mon inconscient à partir du langage de Comment je me suis disputé. Une façon d'être au monde, de s'exprimer, d'aimer, d'aimer le cinéma aussi.
J'adore la scène où Paul Dédalus est chez l'analyste:
-Vous ne dites rien... 
-Je n'ai rien à dire.


Lestée de tout cela, et des nombreux entretiens radiophoniques donnés récemment par Desplechin, je me suis précipitée au cinéma mercredi soir, après une très longue journée de travail et le ventre vide, c'était le jour de sortie de Trois souvenirs de ma jeunesse.
A l'issue de la séance, j'aurais pu être énervée ou très triste parce que le film est assez raté (le personnage d'Esther, insupportable, est en partie responsable de cette sensation). Le fait qu'il ait été annoncé comme un prequel rend tatillon sur un tas de détails (mais Paul n'est pas anthropologue, il a fait des études de philosophie à l'ENS ! Mais sa mère ne s'est pas suicidée, elle est morte d'un cancer du sein ! etc), et surtout sur le monologue accusateur de Paul, qui taxe un ami de lui avoir ravi Esther alors même que dans Comment je me suis disputé, il sort avec Sylvia qui est pourtant la compagne de son meilleur ami.
Peu importe.
Après la séance, il était tard, on ne pouvait plus dîner nulle part et personne n'avait envie de cuisiner. En passant devant la pizzeria où j'avais promis que l'on n'irait plus jamais (notamment à cause du Japon, mais c'est une autre et longue histoire), je n'avais pourtant envie que de cela, une part de pizza bien chaude, avec de l'huile piquante dessus. La pizzéria était quasiment vide, les derniers clients finissaient leurs verres. Je tente une approche timide, à peine insistante, la patronne est compatissante et nous repartons dix minutes plus tard, ravis et triomphants, avec nos boîtes carrées à la main.
Je mangerai cette pizza avec les doigts, à même le carton, et elle sera plutôt bonne, chaude, douce, très moelleuse. Pas du tout la meilleure pizza du monde mais là aussi, peu importe.
Oui, peu importe, exactement comme le film était plutôt mauvais, comme je l'exprime à G. en découpant une nouvelle part de pizza. Peu importe, précisément parce qu'il est là, avec moi, à m'écouter, me comprendre, accepter les petites lubies, les grands emportements, les tristesses et les élans passionnés, les radotages cinématographiques tout le temps, toujours il est là. Sa présence prouve que la malédiction du ratage, telle que je l'ai longtemps fantasmée à travers le personnage de Paul Dédalus ne s'est pas réalisée, heureusement. Et en même temps, je crois que ce qui permet cela, en partie mais précisément, ce sont les milliards de visionnages de Comment je me suis disputé, et ce que ce film a instillé dans mon être, toutes ces identifications modifiées par les déformations intimes que j'y ai apporté, à grand peine parfois, parce qu'il fut long d'arriver à admettre que le bonheur puisse être gai.

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jeudi 7 mai 2015

Le coeur vraiment très grenadine


Savourer un bento à Shimanekoken et repartir avec des petits biscuits à grignoter sur le chemin du parc Inokashira.
Faire une virée sur le lac dans un pédalo-cygne.
Jouer sa chance et tenter d'obtenir sa figurine préférée dans les distributeurs à 200 yens.
La vie était douce le dimanche à Tokyo.
J'éprouve quelques difficultés avec le quotidien ordinaire à présent.

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jeudi 9 avril 2015

Manque moi moins


Un dimanche, dans l'appartement désert et silencieux, je décide d'affronter le sac en papier très épais et vraiment abîmé qui contient l'intégralité de ma correspondance durant les quinze dernières années. J'ai tout vidé sur le parquet, on ne pouvait plus circuler dans mon bureau. C'était comme un déluge d'enveloppes, de cartes postales, de petits mots, des centaines de timbres, de tampons postaux, de via air mail et de prioritaire, et puis toutes ces adresses où j'ai habité, la chambre de la prépa, les chambres de la résidence près de la fac de médecine, l'appartement en lisière de la grande route, le studio avec la grande cheminée, le premier appartement avec G., et ses huisseries saumon que nous n'avons jamais repeintes.
Autrefois, je rangeais mon courrier dans des boîtes dédiées mais au fil des années et des déménagements, les boîtes sont devenues trop petites et n'étaient pas faciles à transporter (elles étaient en carton mou), alors, la dernière fois qu'il a fallu s'en occuper, avec une certaine précipitation, je les ai toutes vidées dans ce fameux sac en papier, qui devait bien peser dix kilos.
Je commence à faire le tri. Certains expéditeurs sont très constants et cohérents dans leur choix de papeterie, la tâche est facile. Mais au milieu des écritures familières, je suis parfois obligée de retourner l'enveloppe, voire de parcourir la lettre qu'elle contient (ce que je m'étais promis de ne pas faire) et je suis étonnée par les piles qui commencent à se former, de correspondants oubliés, perdus de vue, et qui pourtant m'écrivent des choses très justes et douces. Je trouve notamment plusieurs lettres d'une fille qui s'appelle A. C'est l'été juste avant le début de l'externat, je suis rentrée chez mes parents et je m'ennuie, elle travaille dans une maison de retraite et elle raconte, elle raconte les odeurs, les peaux qu'il faut toucher, les voix qui s'éteignent, la solitude commune, et elle dit avec beaucoup de pudeur que c'est dur. Pas trop fort, avec délicatesse, parce qu'elle sait que c'est aussi un avant-goût des études de médecine que nous n'avons pas encore finies, et qu'il ne faut pas commencer à se plaindre. Elle dit J'aime t'écrire parce que j'aime lire tes réponses et j'ai un peu envie de pleurer, ce qui était précisément ce que je voulais absolument éviter.
Bientôt, le désordre se transforme en piles instables d'enveloppes dispersées sur le parquet. Elles sont parfois très soignées, découpées dans des jolis papiers ou des pages de magazines, avec une prédilection pour les images de chocolat, de gâteaux, de gaufres. Je m'arrête devant la liasse plutôt épaisse de lettres venant de mon ami J. et je suis étonnée par le volume qu'elles représentent. Il y a une enveloppe plus grande que les autres, fabriquée dans du très beau papier, assez épais, et dessus des silhouette floues font tourner des robes couleur pastel. Le timbre vient des Etats-Unis, je ne me rappelais pas que J. y soit allé. J'extrais de l'enveloppe deux feuillets lignés, jaune pâle, recouverts recto-verso de l'écriture pressée, serrée, de J. Il y a aussi deux photographies du pont de Brooklyn. Il neige cet hiver-là à New York m'écrit J. Voici les photos prise avec l'argentique qu'il vient d'acheter sur ebay. Il travaille comme garçon au pair et comme la famille qui l'héberge est très satisfaite de ses services, elle a décidé de lui offrir quelques jours de vacances en Californie, il a hâte, c'est idiot, mais il ne pourra pas s'empêcher d'aller faire un tour à Hollywood. Il y a quelques semaines, il a assisté à un tournage de Tim Burton, ravi. Et il a aussi passé une après-midi avec Michel Gondry, son autre idole de l'époque (nous n'avions pas les mêmes !). Est-ce que j'ai vu Elephant ? Ça lui a beaucoup plu. Il me demande mon numéro de téléphone parce que comme ça, ce sera plus vivant, notamment pour parler du cinéma.
Je suis obligée de m'arrêter deux minutes dans mon classement après la lecture de cette lettre qui me touche d'autant plus que je sais que l'écriture demande à J. un certain effort, lui qui n'aimait pas du tout l'école et ses contraintes. Qu'est devenu J. ? La dernière fois que je l'ai vu, c'était tout à fait par hasard, dans la pénombre d'un concert, on n'y voyait rien, je ne me souviens plus de ses traits.
Je pourrais, par l'intermédiaire de la modernité, tenter de retrouver J., mais je crains de me confronter à la constation, cruelle, que si nous n'avons pas cherché à maintenir un lien, malgré tout ce qui nous était communément cher, alors ce lien n'avait pas lieu de perdurer. La tristesse persiste dans ma gorge en glissant les deux feuillets lignés et les photographies qui l'accompagnent dans la belle enveloppe mais je me dis qu'après tout, cela a existé, que j'ai eu la chance pendant ces années de partager quelque chose d'intime avec J., que c'était chouette, et je préfère, même si cela est discutable, rester avec ce souvenir-là de lui plutôt que découvrir qu'on ne s'entendrait peut-être plus du tout.

Je finis par rassembler les lettres de chaque expéditeur avec de la ficelle de cuisine. Le chagrin cède un peu la place à la tendresse quand je revois les enveloppes décorées de mon amie E., les lettres tant aimées et connues presque par coeur d'un autre J., la correspondance soutenue entretenue avec un écrivain que j'adorais à l'adolescence. J'ai un souvenir très fort de mes propres lettres, surtout pendant les deux premières années de médecine, quand j'écrivais très tard le soir avec une jubilation intense. Je me souviens aussi de mon impatience quotidienne à guetter le facteur et le plaisir qu'il y avait à remonter dans ma chambre avec des lettres à ouvrir, à lire, pour retrouver dans ces enveloppes soignées toutes ces voix si lointaines qui me manquaient. 

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Manque moi moins est une chanson que vous pouvez écouter ICI


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Vendredi après-midi, l'avion pour le Japon, mais je ne peux pas partir sans évoquer un film qui m'a fait tellement d'effet que je suis retournée le voir quarante-huit heures après son premier visionnage.
Dans La Sapienza, Eugène Green démontre de façon géniale et merveilleuse qu'au-delà de la perte, de toutes les pertes possibles, quelque chose de l'ordre de la grâce, de l'amour absolu, nous est accessible, sous plusieurs formes possibles. C'est un film qui parle de la psychanalyse, de l'architecture, de l'Italie, du Bernin et de Borromini, des messagers invisibles, et de la lumière, condition indépassable à l'existence de chacun. C'est un film qui encourage à ne pas accepter ce que le monde s'acharne à nous vendre comme beau, désirable, nécessaire, alors que c'est ce qu'il y a de plus périssable et dérisoire.
Depuis, j'ai envie de revoir tous les films d'Eugène Green, je fais une fixation sur Monteverdi, je prévois des vacances en Italie et je me demande ce qu'en penserait mon ami J., avec qui je parlais si souvent de cinéma...

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lundi 23 mars 2015

Nicole, ou le bruit des nuits d'été


C'est l'été dans une banlieue canadienne. L'asphalte est brûlant, les ventilateurs tournent à plein régime, le linge sèche à une vitesse folle dans les jardins au carré de la zone pavillonnaire.
Nicole, cheveux courts, tennis en toile-short en jean et sac tissé à tête de chat en bandoulière, traîne son humour désabusé et son regard placide dans les rues à angle droit qu'elle dévale à bicyclette. Avec Véronique, sa meilleure amie, elles trompent l'ennui de cet été languissant autour de parties de mini-golf et de cornets glacés vanille-chocolat. Pendant ces interminables journées de juillet, beaucoup de choses ratent, les entraves s'accumulent et le désir finit par s'embrouiller. D'ailleurs, Nicole n'arrive toujours pas à dormir...
Dans la maison familiale désertée par les parents, Véronique et Nicole sont bientôt rejointes par le frère de cette dernière, escorté des deux musiciens qui composent leur groupe de rock, persévérant et triste, aux chansons sans paroles. La nuit venue, autour de la piscine, au milieu de bières, de cigarettes et de biscuits maison, leurs conversations évoquent confusément les humiliations passées et les aspirations à venir, comme par exemple ce voyage en Islande pour lequel Nicole a pris des billets pour deux. Depuis, elle a bombé en noir sa paire de Doc Martens fleurie et Véronique ne se sépare plus de son dictionnaire islandais. Tout l'enjeu de ce voyage est de faire rien, mais ailleurs, et je peux vous dire que cette idée de rien ailleurs m'était particulièrement familière dans les années 90. Mais alors que Nicole ne cache pas sa consternation quant à la liste de consignes pragmatiques et donc déprimantes laissées par ses parents à son égard, le seul mot islandais qui filtre des révisions linguistiques de Véronique sera ryksuga*... Déjà, les malentendus infimes laissent deviner des écarts plus intimes.
Mais il n'est pas encore l'heure du départ, l'insomnie de Nicole persiste et malgré le respect de l'arrosage préconisé, les tomates du jardin familial finissent par pourrir mollement au soleil.
Tu dors Nicole est l'histoire d'une impatience indolente sous canicule dont les enjeux dramatiques se nouent entre un garçon et une fille autour d'un granité à la cerise ou d'un sandwich à la tomate, et cela me fait toujours plus d'effet que n'importe quelle aventure interstellaire.

*en Islande, ryksuga désigne un aspirateur

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dimanche 1 mars 2015

Ils obtenaient lentement, morceau par morceau, des choses de leur vie

//La scène se passe en fait à Tampere, en Finlande//

Quelques nuits passées à essayer de s'endormir sur un matelas appartenant en temps normal à d'autres gens. Evidemment, je n'y arrive pas du tout, ou alors vraiment mal. J'écoute les bruits des rues inconnues, de ces maisons qui ne sont pas les miennes. Piétinements, souffles suspects, cliquetis, craquements, je remonte la couverture jusqu'au menton. Mais parfois sa voix fend doucement la pénombre "Je n'arrive pas à dormir... on peut parler un peu ?" Alors, dans le refuge de son épaule, nos voix chuchotées évoquent confusément des sensations, des souvenirs absurdes et émouvants, et tout un tas de petites choses idiotes qui ne se partageraient avec personne d'autre (jeux de mots approximatifs, plaisanteries, refrains de chansons pas du tout face B). Enfin apaisés, nous finissons pas nous rendormir. Au réveil, un clin d'oeil.
De retour de chez ses parents, évidemment, je cite mon inévitable référence et il répond "Mais pour moi aussi ça revient à ouvrir des boîtes de Canigou malgré tout !"
Pour occuper le long trajet du retour, nous décidons de choisir tour à tour les chansons qui nous divertiront de la monotonie de l'autoroute. L'occasion pour moi de partager mon goût immodéré pour un vieux tube inavouable (je me dédouane en citant Hou Hsiao Hsien à ce sujet), de découvrir que les titres de Radiohead vieillissent assez mal ("C'est un peu lyrique là, non ?" dit-il poliment) et de me demander ce que devient Coralie Clément (réponse dispensable). Nous grignotons des canelés, du chocolat Mast Brothers aux amandes ("Je ne comprends pas que tu n'achètes qu'une tablette à chaque fois" dit-il en décrétant que c'est définitivement son préféré) et des oursons à la guimauve. Enfin, il est annoncé sur le sachet koala à la guimauve mais nous sommes formels, ce sont des oursons. Moins bons que les vrais oursons en plus !
Les jours heureux sont parfois interrompus parce que je vais voir mon père à l'hôpital. Il reste peu de temps mais suffisamment pour alourdir les épaules et chaque pas. Je n'arrive toujours pas à me faire à l'odeur de plastique sale qui règne un peu partout là-bas, dans le hall, les escaliers, le service. Le jour où j'ai vu ma mère se laisser aller à pleurer sous mon regard, quand j'ai vu ces rivières sur ses joues et son renoncement à me les dissimuler, je me suis sentie très vieille en une seconde, comme si soudain toute l'enfance avait été enfermée dans un sac solidement noué et jeté à la mer. Tenir bon malgré tout.
S'enfuir à Paris, ce sont les derniers jours de l'exposition François Truffaut. La musique de La nuit américaine me fait monter les larmes aux yeux, je m'émeus aussi devant tous les petits papiers et divers carnets de François. Hypnotisée par Bernadette Lafont dans Les mistons, j'ai presque envie de faire de la bicyclette. Au déjeuner, tout le monde veut les oeufs Benedict de Rose Bakery avec sa fondue d'épinards acidulée. Et puis les musées, le name-dropping danois, la vie en noir et blanc d'Alix-Cléo sur les conseils avertis de A.
Le dimanche soir il faut déjà reprendre le train, mais pas sans avoir goûté aux pitas réjouissantes de Miznon. Le bonus gracieux, c'est qu'une fois que tout fut dévoré, la pita et le chou-fleur brûlé, le garçon qui officie en cuisine nous offre une large part de pita débordante de légumes, d'herbes et de leur sauce spéciale au tahini. Tant pis pour les doigts qu'on venait juste d'essuyer patiemment.
A Petite Nature que de surprises, une soupe-noodle bien chaude et un garçon très Wes Anderson se concentre en réalité sur Eric Rohmer.
Plein de films au cinéma avec G., beaucoup de temps à guetter le moment où surgira l'émotion, souvent en vain. C'est en écoutant Jean-Paul Civeyrac répondre de sa belle voix calme aux questions discutables de Laure Adler (désolée Laure, mais en plus tu écorches tout le temps le titre des oeuvres dont tu veux parler, c'est un peu énervant) que l'émotion me saisit, surtout quand il parle de la mélancolie et de la distance à laquelle ses parents ont consenti en le soutenant dans ses études alors même que leur entreprise les éloignait d'eux, qui venaient d'un autre milieu. La douce intelligence de Civeyrac se retrouve dans la série de textes qu'il publie sous le joli titre Ecrits entre les jours, à lire à petites gorgées. Son dernier film, Mon amie Victoria, me laissait sceptique avant de me séduire tout à fait à partir du moment où l'opacité triste de Victoria infuse toute la mise en scène.
Chez Laure Adler encore, trois entretiens avec Catherine Deneuve. C'est tellement beau quand elle lit Les petits chevaux de Tarquinia que je lui pardonne de citer les Inrocks comme référence en terme de conseil cinéma (Catherine ! )
Sinon, il y a plus de dix ans de cela maintenant, l'une des premières promesses qu'il ait faite, peut-être à la terrasse du restaurant marocain ou alors sur le vieux canapé noir en trempant très vite des biscuits pas chers dans du thé très fort, alors il avait dit qu'un jour nous irions ensemble au Japon. C'est pour bientôt, si tout se passe bien.

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dimanche 4 janvier 2015

L'amour n'est pas que dans les chansons

//En 2015, suis ton coeur qui insiste//

Le premier janvier deux mille quatorze, la terrasse au bord de l'eau du Dorsoduro, la pizza grignotée avec les doigts, il faisait tellement bon qu'on pouvait s'autoriser à déjeuner dehors sans manteau.
Quelques jours plus tard, le dernier soir à Venise, la robe verte et bleue de la serveuse de l'Anice Stellato, la montagne de fritto misto dans un cornet un papier, goûter tous les desserts de la carte.
Les conférences de cinéma du lundi soir et les conversations des étudiants qu'on a envie d'enregistrer.
Le Cambodge et ses fantômes. Les larmes de mon père à Angkor Vat. Les galettes aux crevettes frites. Les noix de coco fraîches. Le découpage amusé d'un fruit du jacquier dans une chambre d'hôtel à Kompong Thom. Alain Resnais très flou sur un écran de l'autre bout du monde. La barquette de riz sauté aux légumes achetée par G. dans un boui-boui près de l'hôpital de Phnom Penh. Le besoin de consolation impossible à rassasier.
The Grand Budapest Hotel dans une salle vide et juste après, prendre le métro pour voir mon père à l'hôpital.
Le printemps.
Deux fois par semaine le divan.
Le manteau italien et les rideaux en lin.
Vincent Delerm à l'Opéra. Embrasse moi pour rien.
Xavier Dolan à Cannes.
Le soir où j'ai reçu le petit message des Cahiers du Cinéma.
Le train de 7h23.
Anastasia Krupnik.
La dernière scène du Goût du saké et les larmes qui l'accompagnent.
Les biscuits au chocolat au lait et à la fleur de sel du Paris Pastry Club de Fanny.
La gare de Valence. Les jours de juillet en Provence. Le sorbet citron. La petite cocotte de légumes du jardin. Le chèvre frais et les figues du pique-nique.
La vie douce à Toulouse. Le chirashi sushi et le flan au lait de soja à Motchiya.
Ethan Frome traduit par Julie Wolkenstein, sa violence et sa cruauté.
Le Panama avec un ruban Liberty resté dans la boutique de Biarritz.
La robe marinière, que je n'aime pas trop porter finalement.
Kristen Stewart dans Sils Maria.
La voiture de location sur les routes des pays baltes. Les cigognes et les arcs-en-ciel. La mer grise. Le loup. Les châteaux. Les églises.
Chercher dans le quartier art nouveau de Riga la façade avec les visages. La tarte au chocolat blanc et à l'abricot du Kukka Café. La pizza de Roberta.
Se promener à Vilnius et avoir l'impression d'être en Italie. L'orage pendant le dîner dans la jolie cour. La robe Muku en lin bleu. Dans la ville de K., à moins d'une heure de route de Vilnius, je n'oublierai jamais cette jeune fille qui portait un short blanc, une jolie chemise, des mocassins en cuir robuste, les cheveux longs et les mêmes lunettes que la copine de Frances Ha, cette jeune fille parlait français et invitait ce soir-là son fiancé et ses quatre grands-parents (ou même ses arrières-grands-parents), extrêmement âgés, se déplaçant avec beaucoup de difficulté mais visiblement ravis de leur soirée.
Fuir le quartier de la vieille ville à Tallinn. Trouver des refuges : Till ja Kummel pour un breakfast sandwich à l'heure du goûter, Sfäär pour y passer la journée (granola-yaourt au petit-déjeuner et légumes farcis au déjeuner), Nop pour n'importe quoi parce que tout y est bon (les viennoiseries, le soya latte, la soupe de nouilles au poulet etc).
Les chansons de France Gall dans la chambre du vingtième étage.
Se tromper de chemin en voiture et découvrir Salt par hasard. Saisis par une certaine intuition, réserver la dernière table auprès de la serveuse douce et malicieuse avec sa tresse sur le côté. Elire cet endroit joyeux et délicieux favorite place des vacances et finalement de l'année.
Les souvenirs du Japon précieusement collectionnés et envoyés par C.
Le bol dragon et le veggie banh mi à Petite Nature le mardi midi.
Jane Austen à la Pléiade.
Les soirées-séries.
La parabole du fils prodigue.
Le pull danois couleur lait frais.
Retourner marcher à la pointe du château.
Le bibimbap avant de reprendre le train face à la pluie et au mouvement pendulaire du métro aérien.
La jeune fille qui portait des Stan Smith et dînait joyeusement avec son père au Daraton.
Le jour où l'on a déjeuné à Septime et les moufles trop jolies qu'il a achetées après.
Lénore les morts vont vite.
New York et la Nouvelle Angleterre.
Le crépuscule sur la High Line.
La demi-douzaine de céramiques glissée dans la valise.
Le dîner tranquille à The Farm on Adderley.
Les pays de Marie-Hélène Lafon pendant l'insomnie du retour.
Les nouvelles bibliothèques.
La voix de Gaspard Ulliel dans Saint Laurent.
Les bocaux de granola maison.
La blanquette de Marianne.
Colette: Qu'est-ce qui vous amène ?
Antoine: j'ai deux places pour une conférence, c'est Gavotti sur la musique électronique.
Dormir avec lui dans la chambre de l'adolescence, dévisagés par les idoles de l'époque.
Le cinéma l'après-midi pendant les vacances.
Les étoiles à la cannelle et les croissants à la vanille.
Revoir Un conte de Noël.
Le dernier déjeuner de l'année dans la belle salle du Coquillage.
La glace maison au yaourt et au chocolat un peu avant minuit.
Les voeux secrets pour l'année à venir.

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